02.02.2008

La charte européenne : danger pour la vie ?

Problèmes éthiques soulevés par la Charte européenne des droits fondamentaux
Au moment où les parlementaires français vont se prononcer sur le processus d’unification européenne, monseigneur Dominique Rey les invite à ne pas oublier les fondements éthiques qui garantissent le respect de la personne humaine, depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle, afin que notre société respecte le droit des plus faibles.

Le vote du Parlement français rassemblé solennellement à Versailles le 4 février, puis celui des deux chambres séparément le 7 février, va autoriser la ratification du traité modificatif européen, dit de Lisbonne. Il est destiné à remplacer le projet de Constitution, que Français et Hollandais ont rejeté par voix référendaire en 2005.

L’incorporation dans le nouveau texte soumis aux élus de la nation de la Charte européenne des droits fondamentaux accordera de fait à ce “mini-traité” une valeur juridique contraignante pour les Etats signataires.

Cette Charte représente sur plusieurs points une rupture intellectuelle et morale avec les autres grandes formulations juridiques internationales, en présentant une vision relativiste et évolutive des droits de l’homme qui met en cause les principes du droit naturel.

Tout d’abord, la Charte stipule avec raison que “le droit de se marier et de fonder une famille est garanti”. Mais elle se garde de spécifier le sexe des conjoints. Elle dissocie explicitement la notion de mariage, de celle de famille. Ceci constitue une rupture avec la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée à l’ONU en 1948, laquelle définissait la famille comme l’union d’un homme et d’une femme, et faisait d’elle le socle anthropologique de la société.

De même, le texte proposé, qui consacre le principe de non-discrimination pour orientation sexuelle, ouvre ainsi la porte à la jurisprudence européenne pour reconnaître l’équivalence de tous les types de mariage, tant en ce qui concerne l’adoption d’enfants que la procréation médicalement assistée (cf. la récente condamnation de la France par la Chambre haute européenne des droits de l’homme, parce qu’elle avait refusé l’adoption d’un enfant par une femme célibataire homosexuelle). Progressivement, le droit à l’enfant prévaut sur le droit de l’enfant, en particulier celui de naître ou celui d’avoir un père et une mère.

Par ailleurs, la Charte restreint considérablement le domaine de la protection de la vie humaine. S’il est rappelé que seule la personne humaine a droit à la vie, la protection de l’enfant à naître est mise en cause, puisque, selon l’un des derniers avis rendus par le Tribunal européen, “l’enfant à naître n’est pas considéré comme une personne”. L’embryon humain, notamment in vitro, ne bénéficie plus d’une protection pénale. C’est ainsi que la Charte interdit seulement le clonage à but reproductif sans jamais mentionner le clonage embryonnaire à des fins thérapeutiques. Il s’agit, là encore, d’un net recul par rapport aux précédents instruments juridiques européens, en particulier par rapport à la Convention de biomédecine du Conseil de l’Europe adopté en 1997, qui précisait “qu’est interdite toute intervention ayant pour but de créer un être humain génétiquement identique à un autre être humain, vivant ou mort... ”. La recherche sur les embryons surnuméraires, le diagnostic préimplantatoire, la fabrication d’embryons hybrides..., risque de ne plus être encadrée sur le plan juridique.

Enfin, la disparition de “l’interdiction d’infliger à quiconque la mort intentionnellement”, comme le reconnaissait la Convention européenne des droits de l’homme de 1950, ouvre-t-elle le champ à une dépénalisation de l’euthanasie et du suicide médicalement assisté ?

Dans sa première encyclique Dieu est amour, Benoît XVI souligne que “L’Eglise veut servir la formation des consciences dans le domaine politique et contribuer à faire grandir les perceptions des véritables exigences de la justice” [1]. Au moment où nos parlementaires vont se prononcer sur le processus d’unification européenne, puissent-ils ne pas oublier les fondements éthiques qui garantissent le respect de la personne humaine, depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle, et qui sont constitutifs d’une humanité respectueuse du droit des plus faibles.

+ Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon

20.02.2007

Le plus petit bébé du monde

medium_amalia.jpg24,13 centimètres, et à peine 285 grammes. Amilia Sonja Taylor est le plus petit bébé du monde à avoir vu le jour, le 24 octobre dernier après 22 semaines de grossesse seulement. Selon les spécialistes de l'hôpital pour enfants de Miami où elle est venue au monde, aucun bébé n'avait jusqu'à aujourd'hui survécu après une période de gestation inférieure à 23 semaines. Une grossesse ordinaire arrive à terme au bout de 37 à 40 semaines.

Amilia a été placée en couveuse et sous oxygène depuis sa naissance. Elle continuera à être alimentée de manière légère en oxygène et sera placée sous surveillance respiratoire une fois sortie de l'hôpital. Amilia s’apprête désormais à rentrer chez elle. Aujourd’hui, elle pèse deux kilos et mesure plus de 64 centimètres.

Elle est pas belle la vie ?

source : le Figaro

15.02.2007

L'eugénisme en France

medium_eugenisme.jpgDidier Sicard, président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) et ancien chef du service de médecine interne à l’hôpital Cochin (Paris), accorde une interview au journal Le Monde au sujet de la généralisation du dépistage prénatal (DPN). Il s’inquiète de la systématisation du dépistage, de la prédominance de la « pensée unique » dans ce domaine et du fait que le dépistage soit considéré comme un « acquis » sur lequel il serait impossible de revenir.

En théorie, le dépistage n’est qu’une proposition, en pratique, il est devenu « quasi obligatoire ». Très peu de grossesses ne sont pas concernées par le dépistage de la trisomie 21. Les parents qui souhaitent garder leur enfant malgré tout, sont dès lors exposés au regard d’une société qui considère la naissance de ces enfants comme « non souhaitée, non souhaitable ». Notre société doit-elle ainsi orienter le choix des parents ? Le cruel regard porté sur ces parents et ces enfants par la communauté ne bâillonne-t-il pas leur liberté individuelle ? « Comment défendre un droit à l’inexistence ? », s’interroge encore Didier Sicard, alors que le dépistage réduit purement et simplement la personne à une « caractéristique ».

La technique du dépistage non seulement devient plus performante, mais aussi s’étend à de nouvelles affections génétiques. Mozart, atteint de la maladie de Gilles de Tourette ou encore Einstein avec un cerveau hypertrophié seraient dès aujourd’hui déclarés « indignes de vivre ». Et certains voudraient élargir le dépistage à la maladie de Marfan, dont Lincoln et Mendelssohn souffraient…

Démarche d’autant plus perverse que la recherche avance sans que soit posée la question de son sens : « il n’y a pas de vraie pensée mais la recherche constante d’une optimisation », dénonce Didier Sicard. D’ailleurs, il est bien impossible de débattre ou d’émettre un avis critique sur ces questions, sans être immédiatement traité d’ « irresponsable » par ceux là même qui affirment agir au nom du « bien public » en traquant les personnes porteuses d’une anomalie identifiable et dépistable.

Ainsi, « la France construit pas à pas une politique de santé qui flirte de plus en plus avec l’eugénisme. (…) Nous ne sommes pas très loin des impasses dans lesquelles on a commencé à s’engager à la fin du XIXème siècle pour faire dire à la science qui pouvait vivre et qui ne devait pas vivre ». A plusieurs reprises, Didier Sicard souligne que le DPN ne vise pas au traitement mais à la suppression, qu’il « renvoie à une perspective terrifiante : l’éradication ». « Je le répète, dans la très grande majorité des cas, le dépistage n’est pas destiné à traiter mais bien à supprimer. »

Cette logique d’ « éradication sociale », qui confine à l’ « idéologie », est d’ailleurs plus présente en France que dans les autres pays. D’abord parce que le dépistage est perçu comme un « progrès des acquis scientifiques, des Lumières, de la Raison ». Ensuite, parce que cette pratique est très largement accessible. Enfin, parce que la France ne mène pas de politique d’accueil des personnes handicapées.

D’après Didier Sicard, la France ne conduirait pas une telle politique de dépistage si elle « avait été confrontée, à l’occasion d’un régime nazi, à des pratiques eugénistes similaires ». « L’histoire a amplement montré où pouvaient conduire les entreprises d’exclusion des groupes humains de la cité sur des critères culturels, biologiques, ethniques ».

Cette politique de dépistage résulte de l’influence de la science sur la politique à qui elle fournit une « caution » : « il y a toujours un moment où la politique prend la science au mot pour transformer la société au motif que la « science dit le vrai » ». « Nous donnons sans arrêt, avec une extraordinaire naïveté, une caution scientifique à ce qui nous dérange », ajoute-t-il. Et de conclure : « la confusion n’a jamais été aussi grande entre transparence et vérité ».

Source : Le Monde (Michel Alberganti, Jean-Yves Nau) 05/02/07